comment SE faire des ami.Es quand on est introverti.E

Par Julie Bergdorf

A priori se faire des amis est un truc plutôt naturel et intuitif chez la plupart des gens. Du moins c’est ce que j’ai toujours pensé. Seulement pour moi, ça a toujours été un enfer. Et ça a été le cas du plus loin que ma mémoire remonte. Je me souviens petite, quand je partais en vacances avec ma mère nous allions souvent dans des Clubs au bord de la mer. Il y avait la plage, une ou plusieurs piscines, des activités en tout genre, des clubs enfants puis adolescents, des spectacles le soir et une boite de nuit. Evidemment il y avait pleins d’enfants de mon âge, mais l’idée même d’aller leur parler me terrorisait. Pourtant je voulais vraiment me faire des amis, aller jouer avec eux, faire des bombes dans la piscine, participer au spectacle du soir, mais j’étais incapable de faire le premier pas.

Longtemps ma mère l’a fait pour moi, j’allais la voir et lui demandait d’aller parler aux autres enfants, elle me prenait par la main et leur demandait si je pouvais jouer avec eux. Moi, je prenais un air gêné, comme si c’était elle qui m’y obligeait, juste parce que j’avais honte au fond de moi d’avoir besoin de ma mère premièrement et ensuite parce que j’avais peur que les autres enfants me trouve nulle, pas drôle, pas jolie, pas intéressante. Inconsciemment, je me cachais déjà derrière un masque pour dissimuler qui j’étais vraiment et ce que je ressentais. En réalité je crevais d’envie de me faire accepter. J’enviais toujours ces bandes de copains qui se baladaient ensemble tel un essaim, en rigolant, en se poussant dans la piscine… Ils avaient tellement l’air de passer les meilleures vacances de leur vie, alors que moi je restais collée au transat de ma mère avec une furieuse envie de mourir. 

A l’adolescence inutile de vous expliquer que les choses ne se sont pas arrangées. Evidemment, je ne pouvais plus demander à ma mère de m’accompagner parler aux gens, et les enfants étaient devenus plus grands et encore plus effrayants. D’ordinaire, on passait deux semaines dans ces hôtels et je me décidais à parler aux autres environ 4 jours avant de partir car il me fallait une phase d’observation incroyablement longue où je passais des jours entiers à les épier du coin de l’œil et à les envier. Je leur donnait des surnoms dans ma tête, j’imaginais leur personnalités, ce qu’ils pouvaient se raconter, les histoires qu’il y avait entre eux. En fait, je crois que j’ai toujours préféré le monde fantasmé de mon imagination à la dure confrontation de la réalité. Car soyons un peu honnête, nous les hyper sensibles, on est toujours déçus par la réalité et le manque de romantisme qu’elle affiche. 

En grandissant cette envie de faire partie d’une bande a toujours été présente en moi, mais comme toutes les choses que je désire le plus ardemment, je l’ai enfouie au plus profond de moi. Comme si je ne la méritais pas. Comme si c’était que pour les autres, les amis, la joie, la légèreté… Le temps passant je réalisais aussi qu’avoir une bande d’amis requérait des engagements et un niveau relationnel que je n’étais pas si prête à franchir. Je m’explique, dans une bande d’amis il y a des tentacules relationnelles qui se forment. C’est à dire que vous êtes amis tous ensemble, mais ensuite il y a plusieurs niveaux d’intimité entre différentes personnes. Il y a aussi les ragots, les disputes, les explications, les réconciliations…

En grandissant cette envie de faire partie d’une bande a toujours été présente en moi, mais comme toutes les choses que je désire le plus ardemment, je l’ai enfouie au plus profond de moi. Comme si je ne la méritais pas. Comme si c’était que pour les autres, les amis, la joie, la légèreté… Le temps passant je réalisais aussi qu’avoir une bande d’amis requérait des engagements et un niveau relationnel que je n’étais pas si prête à franchir. Je m’explique, dans une bande d’amis il y a des tentacules relationnelles qui se forment. C’est à dire que vous êtes amis tous ensemble, mais ensuite il y a plusieurs niveaux d’intimité entre différentes personnes. Il y a aussi les ragots, les disputes, les explications, les réconciliations…

Inutile de vous préciser que j’ai une peur solide de l’affrontement et de la confrontation. Mais toutes ces émotions qui arrivent quand on fait partie d’un groupe de personnes qui s’aiment et se désaiment étaient en réalité beaucoup trop intenses et effrayantes de réalisme pour moi. Je n’avais tout simplement pas l’énergie émotionnelle pour les vivre et les assimiler. Evidemment la terreur d’être exclue par les autres étant toujours plus forte que le reste, je me suis mit des barrières et j’ai peu à peu construit un grand mur très solide autour de moi, que personne ne pouvait franchir.

 J’ai alors revêtu un nouveau masque: celui de l’indifférence. Je suis en réalité la personne la moins indifférente à tout. Je passe des heures à sauver les insectes dans les piscines, je trie mes déchets, je donne à Emmaüs, je partage mes sandwichs avec les clochards, je participe aux cagnottes d’anniversaire, je pleure devant les films triste, (même devant Terminator), je fais de mon mieux on va dire. Mais un beau jour, j’ai découvert que l’indifférence déstabilisait les gens et qu’avec un peu de chance on allait me laisser tranquille. Arrivée à l’âge adulte, de nouveaux challenges émotionnels se sont présentés: je ne pouvais plus pleurer au bureau quand on était injuste avec moi ou répondre ce que je pensais vraiment lorsque je me sentais agressée. Du moins c’est ce que je pensais à ce moment là.

J’ai alors gardé bien accroché  ce masque d’indifférence et simplement arrêter de réagir à tout, juste pour ne pas que les gens en face de moi sachent vraiment ce que je ressentais. J’avais l’impression de me protéger et de leur prendre un peu de ce pouvoir qu’ils avaient sur moi. S’ils voulaient me faire du mal, j’allais les ignorer de toute ma superbe. Je dois dire que cela a très bien marché très longtemps. Certes je passais pour une garce hautaine et glaciale, mais à la limite je préférais ça à l’idée que les autres puisse m’atteindre, me faire souffrir et mesurer leur pouvoir sur moi.

Et puis, cela permettait de faire un tri assez rapide entre les gens, ceux qui abandonnaient l’idée de me fréquenter, ceux qui avaient un peu peur de moi et enfin ceux qui s’accrochaient et qui arrivaient à abattre quelques pierres de mon mur protecteur, peu à peu. Pour tout dire, je me souviens avoir pensé plusieurs fois que c’était une forme de test pour moi, je testais les gens pour discerner qui méritait de me connaitre vraiment et qui allait rester avec ma version robotisée. C’était un peu comme si j’étais ma propre agence de relations publiques et que j’organisais un casting des gens autour de moi, je les triais dans ma tête et les rangeait dans ce que j’appelais mes petites boites. Il y avait la petite boite de mes adorés, la petite boites des gens rigolos qui me mettaient à l’aise, celles des gens plus forts que moi qui me rassurait, celles des gens extravertis derrière qui je pouvais me cacher, etc… 

Rassurez vous, j’ai aujourd’hui beaucoup d’amis, quelques uns très intimes et merveilleux que je chéris depuis un nombre d’années plus ou moins importants et je reçois énormément de soutiens des quelques personnes à qui je me suis montrée réellement, telle que j’étais, avec mes névroses, mes noirceurs, mes peurs et mes imperfections. J’ai toujours le masque dans un coin de ma poche,  j’en ai encore besoin parfois, surtout dans le milieu professionnel ou avec certaines personnes. Mais je m’applique désormais à ne m’entourer que de gens avec qui je n’ai pas besoin de sortir ce masque et avec qui je peux être à nue, avec toutes mes failles et mes brisures. Car comme dirais Leonard Cohen: « Il y a une faille en chaque chose. C’est par là que jailli la lumière. « 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s