À la recherche de NINO QUIMCAMPOIX

Par Julie Bergdorf

Le premier rendez-vous amoureux. Te retrouver dans ta salle de bain un soir, assise sur la baignoire, un fer a boucler dans une main, une brosse à dent dans l’autre, un battement de cœur à 560 pulsations minutes à te demander comment tu as bien pu accepter de te retrouver là.

Ça partait pourtant d’une idée simple, il avait l’air sympa ce garçon et il était plutôt beau avec ses grands yeux bleus et son sourire un peu narquois. Et puis il s’était intéressé à toi, vous aviez bien discuté dans la cuisine à cette fête le week-end dernier. Seuls au monde, avec le bruit de la musique et l’agitation des gens en arrière-plan, c’était presque rassurant cette nouvelle intimité avec un étranger. Il était doux, il ne t’avait pas brusquée et après ton troisième gin tonique tu lui as dit que tu avais très envie de l’embrasser. Vous vous êtes donc appliqués à vous rouler des pelles comme des ados appuyés contre le frigo.

Parfois, tu avais remarqué qu’il était plus facile de raconter sa vie à un inconnu. Sans le jugement redouté des gens que tu aimes, tu peux tout confier à un inconnu, si tu veux tu ne le reverras jamais. Tu lui avais raconté tes projets, ton changement de vie, ton rêve le plus secret que tu essayais de réaliser et lui aussi il t’avait raconté ses derniers échecs et son dernier amour. Bref, tout ça pour en arriver là, une heure avant d’aller le retrouver dans ce petit restaurant de quartier où vous habitez tous les deux.

Dans l’absolu, rien de super terrorisant. On est même sur un truc relativement classique. Un premier rendez vous où globalement tout devrait bien se passer, tout le monde est là pour passer une bonne soirée et personne n’est là pour te piéger. Sauf que. Evidemment, toi tu as cette petite voix intérieure qui te signale que quand même, tout, absolument tout peut déraper à n’importe quel moment. Tu vas forcément descendre de son scooter, le vent dans les yeux, avec du mascara plein le visage tel un bébé panda, tu vas obligatoirement te retrouver avec un truc coincé entre les dents et surtout, surtout tu n’auras rien à lui raconter car ton esprit entier se vide dès que quelqu’un qui t’intéresse te parle.

Tu as fait des études, tu as voyagé, tu as pleins d’amis hyper cool, tu sors danser, tu vas à des expos, globalement on peut dire que tu es une fille relativement géniale, mais par une espèce de tour de passe-passe ahurissant, dès qu’il te parle, tu n’as plus rien à dire du tout. Mais quand je dis rien, c’est absolument rien.

Soudainement, tu n’as jamais mis les pieds dans un musée, un livre ? qu’est-ce que c’est ? une opinion sur un film ? jamais ! ton dernier week-end à Reykjavik ? C’est quoi l’Islande ! Les centaines d’anecdotes que tu as à l’intérieur de toi bien cachées et que tu rêves de partager avec cette personne un peu spéciale ont évidemment disparues quelque part dans les méandres de ton anxiété vivace.

Tu as bien comprit qu’en réalité c’était ta petite boule de sensibilité qui t’envoyait sa peur de ne pas être assez bien pour lui en définitive. Le problème c’est que du coup tu ne te montrais jamais sous ton vrai visage, tu voulais tellement lui plaire, que tu attendais de savoir ce que lui voulait pour pouvoir changer intégralement ta personnalité afin de lui correspondre. C’est fou comme mécanisme, non ? Mais c’est ton empathie débordante qui te joue des tours et ta sensibilité qui finit de clôturer le tout avec un joli nœud pour emballer ce désastre en devenir.

En réalité, ta seule solution pour te libérer serait d’être vraiment toi, telle que tu es, sans artifices et sans mécanismes de défenses. Toi, telle que tu étais quand tu étais petite, vierge de tout traumas, avant qu’on te dise que tu n’étais pas assez et que du coup, tu aies toujours le doute au fond de toi. Il faut que tu redeviennes celle qui  accordait sa confiance naturellement et qui accueillait chaque nouvelle personne comme si c’était déjà un ami. Tu te rappelles quand tu rencontrais un autre enfant et que tu lui demandais ce qu’il faisait comme sport après l’école, qui c’était son amoureux, ce qu’il préférait manger par-dessus tout ou s’il voulait jouer au UNO avec toi. Ca fait combien de temps que t’as pas proposé à quelqu’un de jouer au UNO avec toi ? C’est dommage quand même de se priver de tout ça non ?  

Souvent tu as pensé à Amélie Poulain et Nino Quincampoix qui, petits, rêvassaient à leurs fenêtres en se disant qu’un jour ils trouveraient enfin cette personne qui les feraient se sentir comme à la maison. Et quand ils se sont reniflés dans le train fantôme, et bien ils ont su tout de suite ! Tu te dit que ca sera forcément pareil pour toi et que ce que tu cherches est en train de te chercher aussi. Il faut simplement garder espoir et continuer de croire en toi. En toi, car tu es la seule personne qui pourra te sauver et te libérer de toi-même.  

Souvent tu as pensé à Amélie Poulain et Nino Quincampoix qui, petits, rêvassaient à leurs fenêtres en se disant qu’un jour ils trouveraient enfin cette personne qui les feraient se sentir comme à la maison. Et quand ils se sont reniflés dans le train fantôme, et bien ils ont su tout de suite ! Tu te dit que ca sera forcément pareil pour toi et que ce que tu cherches est en train de te chercher aussi. Il faut simplement garder espoir et continuer de croire en toi. En toi, car tu es la seule personne qui pourra te sauver et te libérer de toi-même.  

Ce soir-là, après avoir débattu de la mort du romantisme, de vos écrivains préférés et du divorce de vos parents, il t’a raccompagnée chez toi.  Et quand soudain il t’a attrapé la main pour te faire danser dans ton salon et que mécaniquement tu l’as un peu repoussé, tu as réalisé qu’il allait falloir que tu sortes de ta coquille relativement fissa. Non seulement pour toi, mais aussi parce que si tu ne te montre jamais telle que tu es, tu ne laisses aucune chance à personne de te voir vraiment et de trouver ce meilleur ami-ant que tu cherches si désespérément. C’est quand même fou, tu as toujours rêvé que quelqu’un te fasse virevolter de manière impromptue au détour d’un coin de rue, et enfin il est là ce garçon un peu étrange qui te donne ce que tu veux et toi tu as si peur que tu es incapable de profiter de l’instant présent.

Cela étant dit, profiter de l’instant présent était un concept bien plus évident au stade de théorie qu’à appliquer dans la réalité. Le lendemain matin, il s’est réveillé à côté de toi, d’une extrême bonne humeur et tu as trouvé ça génial parce que le matin pour toi c’est juste une torture orchestrée par des gens qui te veulent du mal. Il était là, à écouter un podcast sur une vieille boîte à rythme électronique, un truc complètement absurde et au demeurant génial et il se trémoussait de bonheur à côté de toi, sans se demander ce que tu allais penser de lui. Toute ta vie, toi qui danse seule devant le miroir de ta salle de bain et qui orchestre des chorégraphies de génie dans le couloir de ton appartement, tu as rêvé de tomber sur cette personne aussi bizarre que toi. Mais tu restes là, à moitié endormie, à te dire qu’au moindre mouvement tu peux tout gâcher et que de toute façon tu dois être bien trop mal coiffée pour te lever et sauter à pieds joints sur le lit avec lui. Alors que tu en crèves d’envie. Mais tu sais quoi, tu vas regretter tout ce que tu n’auras pas fait, tout ce que tu n’auras pas tenté, tout les risques que tu n’auras pas pris et toutes les occasions que tu auras manquées. Au pire, qu’est-ce qu’il va se passer ? Il va rire ? Te juger ? Te jeter des pierres comme si tu étais un petit animal de zoo ? Jamais tu ne pourras regretter d’avoir été honnête, d’avoir été toi-même, car après tout, si ça ne lui convient pas, c’est que ce n’est pas lui ton Nino Quincampoix, non ?  

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