Vanlife : et si on changeait de vie ?

Par Camille Raynaud

Entre douches sauvages, sérénité retrouvée et envie d’aller toujours plus loin, le voyage s’avère être une expérience bouleversante et incroyable à plus d’un titre. 

Témoignage et retour d’expérience sur un road trip en van à travers l’Europe ! En quelques chiffres : 13 pays, 10 capitales, 6 monnaies différentes, 5 mois de voyage, 6 garagistes rencontrés, 2 digital nomades, 1 chien et plus de 14 000 km au compteur. 

Petite histoire de vadrouilleurs dans l’âme

L’envie de route et de paysages nouveaux étaient ancrés en nous depuis très longtemps, avant même que l’on se rencontre. Partir plus longtemps qu’un simple week-end prolongé, prendre le temps d’apprécier, s’octroyer un break long, intense et profond.

Partir plusieurs mois d’affilés loin de chez soi demande une bonne organisation, un certain budget et un minimum de préparation. C’est aussi une histoire de bon timing. Partir avec le bon partenaire de voyage que l’on peut supporter 24 h/24, au bon moment dans nos vies respectives. Il s’avère que pour moi, je terminais un CDD et commençais à me lancer dans l’auto-entrepreneuriat tandis que mon compagnon était déjà freelance depuis plus d’1 an. Enfin, membre important, et non des moindres de l’équipage, notre carrosse qui nous conduirait jusqu’aux confins de l’Europe, je nomme le fringant camping-car C25 de 1985, Ulysse. Le pauvre n’était pas au bout de ses peines ! 

La routine ? Connais pas ! 

La vanlife est une vraie aventure. Excitante et exaltante. Pour ceux qui angoissent à l’idée de connaître la routine, essayez la vanlife, vous ne serez pas déçus ! Rencontres uniques et impromptues, découvertes insolites, mais aussi improvisations et contre-temps, le voyage nous sort de notre zone de confort. Malgré une organisation méticuleuse, la vanlife ne nous ménage pas, et c’est très bien comme ça ! 

En allant volontairement là où on est étranger, on se montre curieux, mais aussi courageux. Car la vanlife, c’est aussi des ennuis mécaniques, des aléas encore et toujours, la barrière de la langue ou le mal du pays, parfois ! Pas de panique cependant, même à des milliers de kilomètres de chez nous, nous avons réussi à aménager un vrai cocon dans Ulysse. Un minimum de confort et de sécurité pour se sentir un peu chez soi, partout où on se posait. Quel luxe ! 

Véritable découverte du monde, mais aussi de soi

Rien de mieux que de partir loin pour apprendre à mieux connaître le monde qui nous entoure, mais aussi soi-même ! En voyage, loin de tout, du confort habituel, de la routine, de la famille ou des amis, on peut opérer un recentrage sur soi et se découvrir. On découvre alors que l’on est capable de plein de choses. On ouvre son esprit à de nouvelles mentalités, à de nouvelles cultures et on ressort inévitablement grandi, mûri, changé, bouleversé. 

Le voyage permet de donner du temps à la réflexion et de voir sous un nouvel angle certaines situations ou personnes. 

Nous avons été confrontés à certaines situations intenses qu’il faut réellement vivre pour se rendre compte de la gravité. Les camps de migrants grecs, les bidonvilles de Roms à l’entrée de Sofia, les chiens et chats abandonnés en Roumanie ou les plages grecques jonchées d’ordures resteront gravées dans nos mémoires.

Retour aux choses simples, vive le minimalisme !

La vanlife rime bien évidemment avec minimalisme. En fourgon aménagé, van ou camping-car, la place est limitée. On emporte avec soi alors le strict minimum et on avise, on s’adapte. On est dans le compromis, on apprend aussi à vivre dans un endroit étroit avec l’autre, c’est déjà toute une aventure.

Avec une quantité d’eau limitée, nous espaçons les douches et trouvons des parades pour faire la vaisselle ! Soudain, nos préoccupations ne sont plus les mêmes qu’une personne sédentaire. On prend conscience de l’accès à l’eau. On fait attention à la consommation d’électricité. Nous apprenons finalement à nous contenter de peu. Nous constatons, surtout, que l’on peut vivre avec très peu, sans faire de terribles efforts ! 

Le minimalisme nous apprend à être inventifs. On opère aussi forcément un retour aux fondamentaux : l’humain avant tout, la nature, les animaux et l’importance d’échanger avec l’autre.

Une incroyable liberté qui donne le vertige

Partir plusieurs mois en voyage ainsi nous a permis de goûter à une liberté incroyable. Une liberté que l’on n’avait jamais connu auparavant. Enivrante, insolite, un peu effrayante, mais terriblement extrême, cette liberté offre un jardin différent tous les jours. Prendre l’apéro sur une plage déserte en Croatie, passer une après-midi à lire dans un pré en compagnie de chevaux en Bulgarie ou travailler en pleine forêt en Tchéquie, c’est aussi et surtout ça, la vanlife. Se sont des lieux magnifiques qu’on a le temps de savourer.

Le plus important est de prendre conscience de cette chance et d’en profiter le plus possible. Du lâcher-prise total et la liberté de ne plus regarder sa montre. Ce temps béni où l’on a pu rester 3 jours sans bouger, en Slovénie, au bord de la rivière, à regarder la pluie tomber, était juste magique.

Partir pour mieux revenir

Alors que nous étions dans Ulysse à sillonner les routes d’Europe, nous n’avons jamais autant parlé de nous fixer. Comme si nous avions eu besoin de partir loin, ensemble, pour parler de notre futur chez nous. La bougeotte donne envie de se fixer ? Je ne sais pas. Je sais, en revanche, que le voyage nous a procuré un immense bien-être, une vraie sérénité d’esprit, une intense joie, un vrai baume au cœur et un solide équilibre. 

Nous sommes revenus éreintés, mais apaisés, rêveurs et tellement plus riches, avec l’envie certaine de repartir. Bientôt. Très bientôt.

Je souhaite à tous de découvrir l’ivresse de cette liberté que procure la vanlife ! 

4 conseils pour canaliser tes émotions grâce à l’art

Par Baupassant

L’art chez les hypersensibles est un sujet qui m’inspire personnellement et qui je pense, peut aussi te parler.

Il me semble que les personnes les plus enclines à être créatives sont bien les personnes hypersensibles.

Mon hypersensibilité a toujours fait partie de moi, comme nous toutes, et enfant j’étais embarrassée par cette caractéristique. Je ne comprenais pas pourquoi je ressentais mes émotions si intensément ainsi que les émotions des autres . Ce qui a fait de moi une petite fille très timide et solitaire. Je ne trouvais ma place nulle part. Je me réfugiais dans mes rêveries et mon imagination. Je n’arrivais pas à parler de mes sentiments et mes émotions .

1. Utiliser l’écriture pour libérer les émotions

Très rapidement l’écriture m’as permis de pouvoir exprimer la richesse de mon monde intérieur. La première histoire que j’ai écrite était une histoire de jumeaux que tout opposait. Il y avait le « gentil » jumeau et le « méchant » . Je sais aujourd’hui que c’était ma façon d’illustrer mes différentes facettes de manière un peu caricaturale . Le bon et le mauvais en moi.

Mon imagination n’avait pas de limites et écrire me permettait d’exprimer librement toutes les émotions que je sentais en moi et chez les autres, de manière imagée. Je pouvais avoir du contrôle sur mes émotions en les jetant sur le papier.

J’étais attirée par l’art sous toutes ses formes. Une peinture, une musique, un film, un livre éveillait en moi des émotions intenses et indescriptibles. Je pense que tu sais de quoi je parle. Pleurer devant un film dramatique. Ressentir des frissons de la tête aux pieds en écoutant une chanson. Se sentir intime avec un personnage de roman…

Je me sentais bizarre, venant d’une famille où l’art n’était pas mis à l’honneur. Pourtant je m’y suis accrochée comme à une bouée de sauvetage lorsque je me sentais dériver.

2. Photographier le monde pour s’apaiser

A 20 ans j’ai eu mon premier appareil photo numérique. A la base c’était pour avoir des souvenirs de ma dernière année de licence. Pourtant en l’essayant c’est autre chose qui s’est produit. J’avais trouvé là le moyen de montrer le monde qui m’entourait à travers mon regard. Mon hypersensibilité était encore une fois ma force. Elle pouvait s’exprimer librement.

Depuis je n’ai plus arrêté de prendre des photos. Non seulement cela me permet de m’exprimer mais également de me calmer lorsque les émotions sont trop fortes et envahissantes. Me concentrer sur ce que je veux photographier et sur ce que je souhaite que cela fasse ressenti, m’aide à m’apaiser .

3. Peindre pour trouver la paix

Depuis peu je me suis mise à la peinture. Un soir, je me sentais en colère et démunie et je cherchais le moyen d’exprimer ces émotions qui ne voulaient pas me laisser en paix. Une feuille, un pinceau et un peu de peinture et ça y est mes émotions pouvaient trouver le moyen de se libérer.

J’ai longtemps refusée de m’admettre artiste. Je me trouvais illégitime dans cette appellation. A présent je le revendique. Sans aucune prétention. Force est de constater que l’art m’a aidé et même sauvé parfois. L’art est pour moi l’expression créatrice des émotions humaines. En tant que jeune femme hypersensible c’est une béquille nécessaire pour affronter un monde où je me sens différente.

4. Créer pour devenir soi

J’ai parlé de l’art en citant l’écriture , la peinture ou encore la photographie. Tout ce qui permet de créer est une forme d’art pour moi. Que ce soit la couture ou bien même du jardinage par exemple. Tout ce qui peut te permettre de te libérer quand le trop pleins d’émotions est pesant dans ton quotidien .

Le monde peut te sembler hostile. Tu peux avoir la sensation que tu dois sans cesse garder le contrôle de tes émotions. Rester calme en toutes circonstances. On ne peut pas éclater en sanglots au travail par exemple sous peine d’être jugé négativement. On ne peut pas se mettre en colère non plus, sinon c’est mal vu. C’est injuste mais c’est la réalité. Tu as pu en faire les frais. Moi aussi. La création est un espace où tu peux être entièrement toi . Sans honte ni gêne.

Ton hypersensibilité peut te sembler une faiblesse. Je la maudis encore souvent je ne vais pas mentir. Néanmoins il y a de nombreux domaines où elle est une qualité et la créativité en fait partie. Alors savoure cette chance et n’aies pas honte de toi.

Hypersensible et fière de l’être !

Hypersensibilité & Trouble dissociatif de l’identité

Par Chloé X

Je voudrais déjà expliquer quelque chose, avant de te parler de mon hypersensibilité… je vis « dans la tête » de quelqu’un, dans le sens où nous sommes atteint d’un trouble dissociatif de l’identité. Il était là en premier, je suis donc « arrivée » dans sa vie, son corps: je l’appellerai mon hôte. Lui aussi est hypersensible mais moins.


Voilà, maintenant que tu sais ça je peux m’apercevoir que je sais absolument pas par où commencer.. l’hypersensibilité c’est une porte vers des émotions merveilleuses, mais qui ne sont clairement pas adaptées à une vie humaine. Quand je ressens quelque chose, la sensation, qui peut être positive comme négative, m’envahit, me noie, je me sens comme dans un énorme brasier qui consume très vite qui je suis. Le simple bruit d’un ventilateur peut me donner un mal de tête affreux, des nausées, voire certaines fois manquer de me faire tomber dans les pommes mais au contraire certaines musiques peuvent me faire ressentir un bonheur indescriptible, peut-être même proche de l’orgasme.

J’ai aussi l’impression de sentir chaque centimètre de vêtement sur mon corps, chaque minuscule courant d’air, des fois je sens même sur ma peau des choses qui ne me touchent pas, juste parce qu’elles sont tournées vers moi. En fait je dirais que chaque émotion ou sensation est un nouveau monde gigantesque dans lequel on se perd facilement. Mon hôte a toujours eu l’impression d’être un alien qui se cachait parmi les humains, a l’école, il se sentait obligé de tout faire pour copier les autres, pour ne pas être découvert. Nous avons toujours ressenti les émotions des autres, même quand ceux-ci essaient de les cacher, et malgré toute la détresse que ça nous a infligé, ça nous a aussi permis d’aider de formidables personnes dans des moments où elles même ne pensaient pas pouvoir être aidées. Mais il ne faut pas se laisser envahir trop par toutes ces émotions extérieures: mon hôte était dans une situation où sa propre personne l’intéressait tellement peu que jusqu’a peut-être 13 ans, mon hôte était prêt à se laisser frapper si ça pouvait faire plaisir à son agresseur. Nous avons grandis dans des torrents d’émotions complexes, peu à peu convaincus que ce monde n’est pas le nôtre. Il a essayé plusieurs fois de s’en échapper, mais tu t’en doutes, il a pas réussi puisque je te parle aujourd’hui.



On pleure souvent, pour tout et rien, on fait souvent des crises d’angoisse, pour tout et rien, aussi. Dans les moments où ça va mal, on est complètement perdus dans un tourbillon de peur, de mal-être, d’incompréhension face à notre envie de nous éloigner très très loin d’absolument tout malgré notre amour profond pour ce tout. D’autant plus que chaque minuscule détail comme un objet, une sensation, une odeur devient agressif, oppressant.


Aussi, nos humeurs sont « instables », dans certains moments il peut nous arriver de passer de l’angoisse totale au bonheur calme au désespoir etc.. en quelques minutes (ou même secondes).Il y aurait sûrement des centaines de choses dont je pourrais encore te parler, mais je sens déjà beaucoup ma tête tourner à force de réfléchir à tout ça. L’hypersensibilité, c’est vraiment quelque chose de paradoxal, qui nous fait voir des lumières plus belles que tout, mais qui nous plonge aussi dans l’obscurité la plus sombre. Alors il faut s’accrocher à ces belles lumières si on veut profiter de ce don.

À la recherche de NINO QUIMCAMPOIX

Par Julie Bergdorf

Le premier rendez-vous amoureux. Te retrouver dans ta salle de bain un soir, assise sur la baignoire, un fer a boucler dans une main, une brosse à dent dans l’autre, un battement de cœur à 560 pulsations minutes à te demander comment tu as bien pu accepter de te retrouver là.

Ça partait pourtant d’une idée simple, il avait l’air sympa ce garçon et il était plutôt beau avec ses grands yeux bleus et son sourire un peu narquois. Et puis il s’était intéressé à toi, vous aviez bien discuté dans la cuisine à cette fête le week-end dernier. Seuls au monde, avec le bruit de la musique et l’agitation des gens en arrière-plan, c’était presque rassurant cette nouvelle intimité avec un étranger. Il était doux, il ne t’avait pas brusquée et après ton troisième gin tonique tu lui as dit que tu avais très envie de l’embrasser. Vous vous êtes donc appliqués à vous rouler des pelles comme des ados appuyés contre le frigo.

Parfois, tu avais remarqué qu’il était plus facile de raconter sa vie à un inconnu. Sans le jugement redouté des gens que tu aimes, tu peux tout confier à un inconnu, si tu veux tu ne le reverras jamais. Tu lui avais raconté tes projets, ton changement de vie, ton rêve le plus secret que tu essayais de réaliser et lui aussi il t’avait raconté ses derniers échecs et son dernier amour. Bref, tout ça pour en arriver là, une heure avant d’aller le retrouver dans ce petit restaurant de quartier où vous habitez tous les deux.

Dans l’absolu, rien de super terrorisant. On est même sur un truc relativement classique. Un premier rendez vous où globalement tout devrait bien se passer, tout le monde est là pour passer une bonne soirée et personne n’est là pour te piéger. Sauf que. Evidemment, toi tu as cette petite voix intérieure qui te signale que quand même, tout, absolument tout peut déraper à n’importe quel moment. Tu vas forcément descendre de son scooter, le vent dans les yeux, avec du mascara plein le visage tel un bébé panda, tu vas obligatoirement te retrouver avec un truc coincé entre les dents et surtout, surtout tu n’auras rien à lui raconter car ton esprit entier se vide dès que quelqu’un qui t’intéresse te parle.

Tu as fait des études, tu as voyagé, tu as pleins d’amis hyper cool, tu sors danser, tu vas à des expos, globalement on peut dire que tu es une fille relativement géniale, mais par une espèce de tour de passe-passe ahurissant, dès qu’il te parle, tu n’as plus rien à dire du tout. Mais quand je dis rien, c’est absolument rien.

Soudainement, tu n’as jamais mis les pieds dans un musée, un livre ? qu’est-ce que c’est ? une opinion sur un film ? jamais ! ton dernier week-end à Reykjavik ? C’est quoi l’Islande ! Les centaines d’anecdotes que tu as à l’intérieur de toi bien cachées et que tu rêves de partager avec cette personne un peu spéciale ont évidemment disparues quelque part dans les méandres de ton anxiété vivace.

Tu as bien comprit qu’en réalité c’était ta petite boule de sensibilité qui t’envoyait sa peur de ne pas être assez bien pour lui en définitive. Le problème c’est que du coup tu ne te montrais jamais sous ton vrai visage, tu voulais tellement lui plaire, que tu attendais de savoir ce que lui voulait pour pouvoir changer intégralement ta personnalité afin de lui correspondre. C’est fou comme mécanisme, non ? Mais c’est ton empathie débordante qui te joue des tours et ta sensibilité qui finit de clôturer le tout avec un joli nœud pour emballer ce désastre en devenir.

En réalité, ta seule solution pour te libérer serait d’être vraiment toi, telle que tu es, sans artifices et sans mécanismes de défenses. Toi, telle que tu étais quand tu étais petite, vierge de tout traumas, avant qu’on te dise que tu n’étais pas assez et que du coup, tu aies toujours le doute au fond de toi. Il faut que tu redeviennes celle qui  accordait sa confiance naturellement et qui accueillait chaque nouvelle personne comme si c’était déjà un ami. Tu te rappelles quand tu rencontrais un autre enfant et que tu lui demandais ce qu’il faisait comme sport après l’école, qui c’était son amoureux, ce qu’il préférait manger par-dessus tout ou s’il voulait jouer au UNO avec toi. Ca fait combien de temps que t’as pas proposé à quelqu’un de jouer au UNO avec toi ? C’est dommage quand même de se priver de tout ça non ?  

Souvent tu as pensé à Amélie Poulain et Nino Quincampoix qui, petits, rêvassaient à leurs fenêtres en se disant qu’un jour ils trouveraient enfin cette personne qui les feraient se sentir comme à la maison. Et quand ils se sont reniflés dans le train fantôme, et bien ils ont su tout de suite ! Tu te dit que ca sera forcément pareil pour toi et que ce que tu cherches est en train de te chercher aussi. Il faut simplement garder espoir et continuer de croire en toi. En toi, car tu es la seule personne qui pourra te sauver et te libérer de toi-même.  

Souvent tu as pensé à Amélie Poulain et Nino Quincampoix qui, petits, rêvassaient à leurs fenêtres en se disant qu’un jour ils trouveraient enfin cette personne qui les feraient se sentir comme à la maison. Et quand ils se sont reniflés dans le train fantôme, et bien ils ont su tout de suite ! Tu te dit que ca sera forcément pareil pour toi et que ce que tu cherches est en train de te chercher aussi. Il faut simplement garder espoir et continuer de croire en toi. En toi, car tu es la seule personne qui pourra te sauver et te libérer de toi-même.  

Ce soir-là, après avoir débattu de la mort du romantisme, de vos écrivains préférés et du divorce de vos parents, il t’a raccompagnée chez toi.  Et quand soudain il t’a attrapé la main pour te faire danser dans ton salon et que mécaniquement tu l’as un peu repoussé, tu as réalisé qu’il allait falloir que tu sortes de ta coquille relativement fissa. Non seulement pour toi, mais aussi parce que si tu ne te montre jamais telle que tu es, tu ne laisses aucune chance à personne de te voir vraiment et de trouver ce meilleur ami-ant que tu cherches si désespérément. C’est quand même fou, tu as toujours rêvé que quelqu’un te fasse virevolter de manière impromptue au détour d’un coin de rue, et enfin il est là ce garçon un peu étrange qui te donne ce que tu veux et toi tu as si peur que tu es incapable de profiter de l’instant présent.

Cela étant dit, profiter de l’instant présent était un concept bien plus évident au stade de théorie qu’à appliquer dans la réalité. Le lendemain matin, il s’est réveillé à côté de toi, d’une extrême bonne humeur et tu as trouvé ça génial parce que le matin pour toi c’est juste une torture orchestrée par des gens qui te veulent du mal. Il était là, à écouter un podcast sur une vieille boîte à rythme électronique, un truc complètement absurde et au demeurant génial et il se trémoussait de bonheur à côté de toi, sans se demander ce que tu allais penser de lui. Toute ta vie, toi qui danse seule devant le miroir de ta salle de bain et qui orchestre des chorégraphies de génie dans le couloir de ton appartement, tu as rêvé de tomber sur cette personne aussi bizarre que toi. Mais tu restes là, à moitié endormie, à te dire qu’au moindre mouvement tu peux tout gâcher et que de toute façon tu dois être bien trop mal coiffée pour te lever et sauter à pieds joints sur le lit avec lui. Alors que tu en crèves d’envie. Mais tu sais quoi, tu vas regretter tout ce que tu n’auras pas fait, tout ce que tu n’auras pas tenté, tout les risques que tu n’auras pas pris et toutes les occasions que tu auras manquées. Au pire, qu’est-ce qu’il va se passer ? Il va rire ? Te juger ? Te jeter des pierres comme si tu étais un petit animal de zoo ? Jamais tu ne pourras regretter d’avoir été honnête, d’avoir été toi-même, car après tout, si ça ne lui convient pas, c’est que ce n’est pas lui ton Nino Quincampoix, non ?  

Comment se faire des ami.es quand on est introverti.e

Par Julie Bergdorf

A priori se faire des amis est un truc plutôt naturel et intuitif chez la plupart des gens. Du moins c’est ce que j’ai toujours pensé. Seulement pour moi, ça a toujours été un enfer. Et ça a été le cas du plus loin que ma mémoire remonte. Je me souviens petite, quand je partais en vacances avec ma mère nous allions souvent dans des Clubs au bord de la mer. Il y avait la plage, une ou plusieurs piscines, des activités en tout genre, des clubs enfants puis adolescents, des spectacles le soir et une boite de nuit. Evidemment il y avait pleins d’enfants de mon âge, mais l’idée même d’aller leur parler me terrorisait. Pourtant je voulais vraiment me faire des amis, aller jouer avec eux, faire des bombes dans la piscine, participer au spectacle du soir, mais j’étais incapable de faire le premier pas.

Longtemps ma mère l’a fait pour moi, j’allais la voir et lui demandait d’aller parler aux autres enfants, elle me prenait par la main et leur demandait si je pouvais jouer avec eux. Moi, je prenais un air gêné, comme si c’était elle qui m’y obligeait, juste parce que j’avais honte au fond de moi d’avoir besoin de ma mère premièrement et ensuite parce que j’avais peur que les autres enfants me trouve nulle, pas drôle, pas jolie, pas intéressante. Inconsciemment, je me cachais déjà derrière un masque pour dissimuler qui j’étais vraiment et ce que je ressentais. En réalité je crevais d’envie de me faire accepter. J’enviais toujours ces bandes de copains qui se baladaient ensemble tel un essaim, en rigolant, en se poussant dans la piscine… Ils avaient tellement l’air de passer les meilleures vacances de leur vie, alors que moi je restais collée au transat de ma mère avec une furieuse envie de mourir. 

A l’adolescence inutile de vous expliquer que les choses ne se sont pas arrangées. Evidemment, je ne pouvais plus demander à ma mère de m’accompagner parler aux gens, et les enfants étaient devenus plus grands et encore plus effrayants. D’ordinaire, on passait deux semaines dans ces hôtels et je me décidais à parler aux autres environ 4 jours avant de partir car il me fallait une phase d’observation incroyablement longue où je passais des jours entiers à les épier du coin de l’œil et à les envier. Je leur donnait des surnoms dans ma tête, j’imaginais leur personnalités, ce qu’ils pouvaient se raconter, les histoires qu’il y avait entre eux. En fait, je crois que j’ai toujours préféré le monde fantasmé de mon imagination à la dure confrontation de la réalité. Car soyons un peu honnête, nous les hypersensibles, on est toujours déçus par la réalité et le manque de romantisme qu’elle affiche. 

En grandissant cette envie de faire partie d’une bande a toujours été présente en moi, mais comme toutes les choses que je désire le plus ardemment, je l’ai enfouie au plus profond de moi. Comme si je ne la méritais pas. Comme si c’était que pour les autres, les amis, la joie, la légèreté… Le temps passant je réalisais aussi qu’avoir une bande d’amis requérait des engagements et un niveau relationnel que je n’étais pas si prête à franchir. Je m’explique, dans une bande d’amis il y a des tentacules relationnelles qui se forment. C’est à dire que vous êtes amis tous ensemble, mais ensuite il y a plusieurs niveaux d’intimité entre différentes personnes. Il y a aussi les ragots, les disputes, les explications, les réconciliations…

Inutile de vous préciser que j’ai une peur solide de l’affrontement et de la confrontation. Mais toutes ces émotions qui arrivent quand on fait partie d’un groupe de personnes qui s’aiment et se désaiment étaient en réalité beaucoup trop intenses et effrayantes de réalisme pour moi. Je n’avais tout simplement pas l’énergie émotionnelle pour les vivre et les assimiler. Evidemment la terreur d’être exclue par les autres étant toujours plus forte que le reste, je me suis mit des barrières et j’ai peu à peu construit un grand mur très solide autour de moi, que personne ne pouvait franchir.

 J’ai alors revêtu un nouveau masque: celui de l’indifférence. Je suis en réalité la personne la moins indifférente à tout. Je passe des heures à sauver les insectes dans les piscines, je trie mes déchets, je donne à Emmaüs, je partage mes sandwichs avec les clochards, je participe aux cagnottes d’anniversaire, je pleure devant les films triste, (même devant Terminator), je fais de mon mieux on va dire. Mais un beau jour, j’ai découvert que l’indifférence déstabilisait les gens et qu’avec un peu de chance on allait me laisser tranquille. Arrivée à l’âge adulte, de nouveaux challenges émotionnels se sont présentés: je ne pouvais plus pleurer au bureau quand on était injuste avec moi ou répondre ce que je pensais vraiment lorsque je me sentais agressée. Du moins c’est ce que je pensais à ce moment là.

J’ai alors gardé bien accroché  ce masque d’indifférence et simplement arrêter de réagir à tout, juste pour ne pas que les gens en face de moi sachent vraiment ce que je ressentais. J’avais l’impression de me protéger et de leur prendre un peu de ce pouvoir qu’ils avaient sur moi. S’ils voulaient me faire du mal, j’allais les ignorer de toute ma superbe. Je dois dire que cela a très bien marché très longtemps. Certes je passais pour une garce hautaine et glaciale, mais à la limite je préférais ça à l’idée que les autres puisse m’atteindre, me faire souffrir et mesurer leur pouvoir sur moi.

Et puis, cela permettait de faire un tri assez rapide entre les gens, ceux qui abandonnaient l’idée de me fréquenter, ceux qui avaient un peu peur de moi et enfin ceux qui s’accrochaient et qui arrivaient à abattre quelques pierres de mon mur protecteur, peu à peu. Pour tout dire, je me souviens avoir pensé plusieurs fois que c’était une forme de test pour moi, je testais les gens pour discerner qui méritait de me connaitre vraiment et qui allait rester avec ma version robotisée. C’était un peu comme si j’étais ma propre agence de relations publiques et que j’organisais un casting des gens autour de moi, je les triais dans ma tête et les rangeait dans ce que j’appelais mes petites boites. Il y avait la petite boite de mes adorés, la petite boites des gens rigolos qui me mettaient à l’aise, celles des gens plus forts que moi qui me rassurait, celles des gens extravertis derrière qui je pouvais me cacher, etc… 

Rassurez vous, j’ai aujourd’hui beaucoup d’amis, quelques uns très intimes et merveilleux que je chéris depuis un nombre d’années plus ou moins importants et je reçois énormément de soutiens des quelques personnes à qui je me suis montrée réellement, telle que j’étais, avec mes névroses, mes noirceurs, mes peurs et mes imperfections. J’ai toujours le masque dans un coin de ma poche,  j’en ai encore besoin parfois, surtout dans le milieu professionnel ou avec certaines personnes. Mais je m’applique désormais à ne m’entourer que de gens avec qui je n’ai pas besoin de sortir ce masque et avec qui je peux être à nue, avec toutes mes failles et mes brisures. Car comme dirais Leonard Cohen: « Il y a une faille en chaque chose. C’est par là que jailli la lumière. «